Blog GenderUp ! Parce que la préparation ne suffit pas lorsqu’il s’agit de passer à l’échelle pour un impact réel
Par : Anne Rietveld
« Réaliser un impact » est ce qui motive de nombreux·ses chercheur·e·s travaillant au sein du CGIAR ou en collaboration avec lui. Ainsi, nous développons des innovations ayant le potentiel de contribuer à des résultats de développement tels que la sécurité alimentaire ou l’adaptation au climat. Une fois testées avec succès et peut-être adoptées à petite échelle, ces innovations doivent être déployées à grande échelle pour atteindre l’impact souhaité. Pourtant, le passage à l’échelle n’est pas toujours aisé. Nous connaissons tou·te·s des innovations que nous pensions révolutionnaires, mais qui n’ont jamais réussi à se diffuser largement. Et d’autres qui ont effectivement changé le monde, mais d’une manière imprévue et parfois indésirable, avec des conséquences négatives telles que la dégradation des terres ou une augmentation des inégalités (de genre), éclipsant les impacts initialement visés.
Que faire ? Comment mieux passer à l’échelle ?
Lisez la suite pour découvrir un nouvel outil – GenderUp – une méthode conversationnelle qui soutient une mise à l’échelle inclusive et responsable des innovations dans les systèmes alimentaires, fonciers et hydriques. Cees Leeuwis (professeur à l’Université et centre de recherche de Wageningen) explique pourquoi il encourage l’utilisation de cette méthode, et Sarah Mayanja (chercheuse en genre au CIP) partage son expérience de l’utilisation de GenderUp pour mettre à l’échelle des innovations en matière de semences de pomme de terre en Éthiopie. Les équipes souhaitant renforcer leurs capacités en matière de mise à l’échelle sensible au genre et responsable peuvent désormais s’inscrire !
Plusieurs approches ont été développées au cours des dernières années pour orienter la mise à l’échelle des innovations agricoles. Par exemple, l’outil « Scaling Scan » a été élaboré par une équipe du CIMMYT, et le CRP sur les Racines, Tubercules et Bananes (RTB) a financé le développement de l’approche « Scaling Readiness ». Des chercheur·e·s en genre ont cependant souligné que, bien que ces approches soient utiles, elles restent aveugles aux questions de genre et à d’autres dimensions de la diversité. De plus, les conséquences négatives potentielles de la mise à l’échelle sont rarement prises en compte. En réponse à ces critiques, le CRP-RTB a financé un projet pluridisciplinaire codirigé par Cees Leeuwis (Université de Wageningen) et Anne Rietveld (Alliance de Bioversity-CIAT), qui a réuni des membres des équipes travaillant sur la « scaling readiness » et sur le genre. Ensemble, ils ont développé la méthode GenderUp pour une mise à l’échelle responsable.
GenderUp repose sur l’idée que, lorsqu’il s’agit de mettre à l’échelle pour générer un impact, il est essentiel de prendre en compte comment les innovations affectent — ou bénéficient, ou non — à différents groupes de personnes. GenderUp permet aux équipes de mise à l’échelle d’explorer de manière systématique la diversité des utilisateur·rice·s potentiel·le·s d’une innovation, ainsi que les effets de son utilisation (à grande échelle) sur les utilisateur·rice·s et les non-utilisateur·rice·s.
Le genre constitue une dimension centrale dans GenderUp, mais d’autres dimensions de la diversité sont également prises en compte, telles que l’âge, le niveau de richesse, l’éducation ou tout autre facteur pertinent selon le contexte. Ces dimensions sont analysées dans leur articulation avec le genre. L’outil peut être utilisé en complément de Scaling Readiness et, tout comme cette approche, GenderUp considère qu’une innovation à mettre à l’échelle fait partie d’un ensemble plus large, comprenant des innovations d’ordre socio-organisationnel et institutionnel qui la soutiennent ou la complètent.
À travers une conversation facilitée, GenderUp met en lumière les raisons pour lesquelles certains groupes sociaux peuvent ne pas bénéficier d’une innovation de la même manière que d’autres. Les équipes de mise à l’échelle peuvent alors ajuster leur stratégie et/ou certains éléments du « package » d’innovation. Lorsque les effets attendus sont principalement négatifs ou très risqués, elles peuvent même décider de ne pas mettre l’innovation à l’échelle du tout.
Comme l’explique Cees Leeuwis (WUR) :
« Il est fondamental d’avoir une discussion systématique sur les effets que peut avoir la mise à l’échelle d’innovations sur différents groupes sociaux. Cela agit comme un révélateur, et peut aider à faire en sorte que les stratégies de mise à l’échelle et les packages d’innovation soient davantage alignés avec les besoins de groupes souvent marginalisés. Une méthode pour guider de telles discussions faisait réellement défaut ! »
Sarah Mayanja, chercheuse en genre au CIP, a fait partie de l’une des premières équipes à expérimenter GenderUp. Cette équipe travaillait sur les chaînes de valeur des semences de pomme de terre en Éthiopie et avait développé plusieurs technologies et innovations de chaîne de valeur qu’elle souhaitait diffuser à plus grande échelle. Consciente des disparités entre femmes et hommes en matière d’accès et d’utilisation de ces innovations, l’équipe a été motivée à tester GenderUp.
Selon Sarah, GenderUp a permis à l’équipe projet d’identifier plusieurs groupes potentiels d’utilisateur·rice·s selon une perspective de genre intersectionnelle dans les zones d’intervention du projet. L’outil a également permis d’élaborer les ressources nécessaires — formations, approches de communication et partenaires de mise à l’échelle — pour atteindre ces groupes dans le cadre d’une stratégie de scaling améliorée. Sarah précise également :
« La stratégie de mise à l’échelle améliorée sera utile pour la conception de projets futurs et d’interventions de développement, car nous pouvons réutiliser, adapter et enrichir ces profils d’utilisateur·rice·s. »
Un parcours GenderUp comprend trois ateliers de 2 à 3 heures chacun, organisés sur une période d’environ 2 à 6 semaines. Entre l’atelier 1 et l’atelier 2, les membres de l’équipe de scaling remplissent un questionnaire sur l’innovation principale et l’ambition de mise à l’échelle. Les ateliers sont animés par un·e facilitateur·rice formé·e à GenderUp. Ils peuvent être organisés en présentiel ou à distance. L’équipe de mise à l’échelle doit idéalement rassembler des chercheur·e·s ou autres acteur·rice·s impliqué·e·s dans la mise à l’échelle de l’innovation, provenant de disciplines variées.
L'équipe de conception de GenderUp, de gauche à droite : Erin McGuire (UcDavis) ; Cees Leeuwis (WUR) ; Anne Rietveld (Alliance Bioversity-CIAT) et Bela Teeken (IITA).
L’équipe GenderUp travaille actuellement à promouvoir l’outil tant au sein qu’en dehors du CGIAR. GenderUp sera par exemple présenté lors de la « Semaine de la science et de la pratique de la mise à l’échelle des innovations des systèmes agroalimentaires », qui se tiendra à Nairobi du 22 au 24 novembre 2022. Cet événement est coorganisé par la communauté de mise à l’échelle du CGIAR, l’IITA, la GIZ et l’initiative Ukama Ustawi du CGIAR en Afrique de l’Est et australe.
Une opportunité s’offre désormais pour apprendre à faciliter un parcours GenderUp. Deux formations distinctes pour futur·e·s facilitateur·rice·s GenderUp sont prévues les 14 décembre (fuseau horaire CET, en anglais) et 15 décembre 2022 (fuseau horaire PST, en anglais et espagnol). Nous encourageons les membres du personnel ayant des objectifs ou des ambitions liés à la mise à l’échelle à s’inscrire à cette formation d’une journée. Elle s’adresse en particulier aux personnes ayant une formation en sciences sociales et (au moins) une compréhension de base du genre et de l’intersectionnalité dans les systèmes alimentaires.
Inscrivez-vous dès maintenant à la formation des animateurs de GenderUp en remplissant ce formulaire d'inscription !
Pour plus d'informations sur la formation de facilitateur GenderUP, veuillez envoyer un courriel : [email protected]
Pour plus d'informations sur l'utilisation de GenderUp, veuillez envoyer un courriel (au sein du CGIAR) : Anne Rietveld ([email protected]) ou (en dehors du CGIAR) : Erin Mcguire ([email protected])
Remerciements financiers : Le développement de GenderUp a été réalisé dans le cadre du Programme de recherche du CGIAR sur les racines, tubercules et bananes (RTB) et financé par ce dernier, avec le soutien des contributeur·rice·s au Fonds fiduciaire du CGIAR. Un soutien financier a également été apporté par le Programme d’expertise Pays-Bas – CGIAR, financé par le NWO.