From the Field La culture de l’ensète en Éthiopie, expliquée par les petit.e.s exploitant.e.s agricoles

enset farming Ethiopia explained by indigenous farmers-Alliance Bioversity International-CIAT

Des chercheurs de l'Alliance entre Bioversity International et le CIAT, de l'Université d’Hawassa, l’Institut de recherche agricole du Sud à Hawassa et BlueGreen Labs ont mené une vaste enquête dans la principale ceinture de culture de l’enset dans les hauts plateaux éthiopiens.

375 ménages pratiquant la culture de l'enset dans 20 communautés ont été interrogés afin de mieux comprendre divers aspects de ces exploitations, allant des différences socio-économiques à la diversification des cultures, en passant par les spécificités de la culture, de la gestion et des utilisations de l'enset, ainsi que les défis liés à sa production. Les résultats de cette enquête ont été publiés dans trois articles distincts.

Avez-vous déjà entendu parler de l’enset ?

L’enset est une culture exclusivement pratiquée dans les hauts plateaux éthiopiens et pratiquement inconnue en dehors de l’Éthiopie. Cultivé par de petits agriculteurs de subsistance, c’est un aliment de base riche en amidon pour environ 20 millions de personnes. La plante d’enset ressemble à un bananier, mais n’est pas cultivée pour ses fruits. Ce sont plutôt son bulbe souterrain et la base de sa pseudotige qui sont transformés en bouillie et en pain.

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Image 1 : Plantes d'enset (à l'arrière-plan) cultivées dans une exploitation agricole de subsistance. Photo de Guy Blomme.

L'enset : une culture de base qui soutient les ménages de subsistance

Les ménages pratiquant la culture de l’enset comptent sur cette plante comme aliment de base ou comme aliment complémentaire, en association avec le maïs, le blé, l’orge, le teff et, dans une moindre mesure, les tubercules et les légumineuses. Les cultures complémentaires pratiquées sur une exploitation variaient principalement en fonction de l’altitude, selon les limites de culture productives des cultures sélectionnées.

La grande diversité des cultures vivrières pratiquées dans les exploitations basées sur l’enset – avec une moyenne de 6,4 espèces différentes par exploitation – associée à l’élevage, est essentielle à l’autosuffisance de ces communautés éthiopiennes. La plupart des ménages n’achètent pas ou très peu de produits alimentaires supplémentaires et comptent sur les cultures et le bétail élevés sur leur exploitation pour nourrir leur famille.

L’enset est une source alimentaire essentielle. Tous les ménages cultivant l’enset qui ont été visités consommaient des produits dérivés de l’enset lors de deux ou trois de leurs repas quotidiens.

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Image 2 : Transformation du bulbe et de la fausse tige d'enset en produits alimentaires. Photo de Guy Blomme.

L'enset : une culture aux multiples facettes

Un grand nombre de variétés locales d’enset sont cultivées dans les hauts plateaux éthiopiens. Sur l’ensemble de la zone étudiée, 296 variétés locales d’enset ont été recensées dans les exploitations agricoles.

Les variétés locales d’enset peuvent présenter un aspect extérieur varié, allant de multiples nuances de vert à des feuilles violettes. Il est intéressant de noter que les différentes variétés locales s’épanouissent au mieux dans des conditions environnementales et agroécologiques variées. Plusieurs d'entre elles seraient capables de bien faire face aux stress environnementaux et aux contraintes biotiques. Par exemple, certaines variétés locales sont plus résistantes à la sécheresse, tandis que d'autres tolèrent mieux certaines maladies des cultures.

En plantant une variété de variétés locales d’enset, l’agriculteur est mieux protégé contre les mauvaises récoltes en cas d’événements extrêmes, ce qui assure la sécurité alimentaire du ménage et de la communauté.

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Image 3 : Diverses variétés locales d'enset aux feuilles vertes et violettes. Photo de Guy Blomme.

Maladie affectant sa production

La maladie la plus grave affectant l'enset est la flétrissure bactérienne causée par Xanthomonas, une flétrissure bactérienne qui provoque un flétrissement permanent et, à terme, la mort de la plante. 70 % des agriculteurs interrogés ont déjà dû faire face à cette maladie à un moment ou à un autre.

La culture de l’enset jusqu’à maturité prend beaucoup de temps, en moyenne jusqu’à 5 ou 6 ans. La maladie peut donc avoir un impact significatif, surtout si des plantes plus âgées sont touchées. Les récoltes perdues à cause du flétrissement causé par Xanthomonas représentent une perte majeure en termes d’efforts et de ressources, outre la perte de rendement qui en résulte.

Les agriculteurs peuvent mettre en œuvre des pratiques spécifiques de gestion de la maladie [telles que l’arrachage des plantes touchées et la stérilisation des outils], ce qui permettra d’empêcher la transmission de la bactérie aux plantes saines et aux exploitations voisines saines. De plus, certaines variétés locales d’enset sont tolérantes à la maladie, et les plantes touchées se remettent souvent d’une infection.

L’enset est également de plus en plus affecté par la cochenille farineuse des racines de l’enset et par les nématodes. Le traitement à l’eau bouillante des plants d’enset devrait être largement encouragé.

L’enquête a clairement mis en évidence l’importance de la formation à la gestion des maladies dispensée par les services de vulgarisation agricole. Les agriculteurs formés comprenaient parfaitement comment empêcher la propagation de la maladie et ont obtenu de bons résultats dans sa lutte lorsqu’elle se manifestait.

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Image 4 : Un plant d'enset atteint de flétrissure causée par Xanthomonas. Photo de Guy Blomme.