Research Articles L'analyse spatiale à travers les disciplines informe l'élaboration des politiques au Kenya : dialogue entre Alliance et KALRO
Comment l'analyse spatiale avancée peut-elle mieux soutenir la politique agricole et permettre une recherche pertinente sur le plan politique ?
Le 29 avril 2026, des chercheur.e.s de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT ont rencontré des expert.e.s de la Kenya Agricultural and Livestock Research Organization (KALRO) pour un échange opportun sur cette question.
Les deux organisations entretiennent depuis longtemps des partenariats dans des domaines tels que la recherche sur les haricots et les travaux liés au climat. Toutefois, la collaboration autour des analyses spatiales, en particulier les approches intégrant les dimensions biophysiques et socioéconomiques afin d’éclairer les politiques publiques, demeure un domaine émergent.
Pourquoi le « où » est plus important que jamais
Les échanges ont mis en évidence une réalité essentielle : l’agriculture ne concerne plus seulement ce qu’il faut faire, mais de plus en plus où il faut le faire.
Avec la variabilité climatique, la croissance démographique et d’autres tendances mondiales, les systèmes agricoles et d’élevage sont soumis à des pressions croissantes : une demande plus importante en aliments diversifiés et nutritifs, une plus grande nécessité de résilience des productions et un besoin accru d’inclusion.
Cette pression n’est pas répartie de manière uniforme dans l’espace. Les analyses spatiales offrent un moyen de gérer cette complexité en révélant où les interventions politiques et les investissements sont les plus nécessaires, et où ils sont susceptibles d’avoir le plus grand impact.
Le KALRO, principale institution de recherche agricole du Kenya, est déjà fortement engagé dans ce travail.
L’utilisation croissante par le KALRO d’outils spatiaux de pointe
Au cours de la réunion, le Dr David Golicha (Directeur adjoint, Département Environnement et Ressources naturelles, KALRO) a mis en avant la manière dont le KALRO exploite les outils spatiaux à travers ses 16 instituts de recherche. Leurs travaux couvrent notamment :
La cartographie numérique des sols à l’aide de l’apprentissage automatique ;
- La cartographie de l’aptitude des cultures et des pâturages ;
- L’identification des zones critiques de dégradation des terres afin de cibler les actions de restauration ;
- L’intégration géospatiale des données issues des essais sur les engrais, contribuant directement au programme national kenyan de subvention des engrais ;
- Les recommandations spécifiques d’application d’engrais par site, grâce au modèle AABS développé avec des partenaires.
Ces efforts sont étroitement alignés sur les priorités nationales, notamment le programme Bottom-up Economic Transformation Agenda (BETA) du Kenya ainsi que le plan d’action du pays sur la santé des sols, élaboré à la suite du sommet de Nairobi de 2024.
Cependant, malgré le niveau avancé de ces outils, la demande pour des analyses encore plus détaillées continue de croître.
Passerelles entre les échelles : Du national à l'infranational
L’un des thèmes centraux des échanges a porté sur la résolution spatiale. M. Lucas Tanui (Unité géospatiale, Kenya Soil Survey, KALRO) a soulevé une préoccupation majeure : bien que les analyses au niveau des comtés soient utiles pour la planification et les politiques publiques, le KALRO a de plus en plus besoin de recommandations à l’échelle locale, par exemple pour orienter l’utilisation de précision des engrais.
Cela soulève un défi important : comment relier les modèles socioéconomiques à grande échelle avec des données spécifiques et détaillées au niveau local ?
Le Dr Chun Song (Économètre spatial, Alliance de Bioversity International et du CIAT) a reconnu cet écart et a souligné les opportunités d’une plus grande intégration. Alors que les travaux de l’Alliance sont souvent menés à des échelles régionales ou nationales, notamment pour projeter la demande alimentaire ou évaluer les impacts des politiques, l’intérêt grandit pour connecter ces analyses avec des données biophysiques et des données à l’échelle locale.
Ce que l'Alliance apporte : Relier les données aux décisions
L'analyse spatiale est un outil de gestion des données qui permet de répondre à des questions politiques pertinentes.
- Dimensionnement de la demande alimentaire future, y compris le travail sur l'initiative Nourishing Kenya Youth par Regina Ngethe (économiste agricole, Alliance de Bioversity et CIAT)
- Évaluation de l'impact spatial
- Analyse prospective des conflits climatiques en Afrique
- Modélisation de l'utilisation des terres et de l'agrobiodiversité pour comprendre les changements futurs du paysage
- Une synthèse spatiale inter-CGIAR, rassemblant des cas d'utilisation de quatre centres CGIAR pour démontrer comment l'analyse spatiale peut éclairer les décisions politiques.
- Une approche "Human-in-the-Loop" (HITL) combinant l'IA et le jugement d'experts pour l'analyse des politiques.
Nouveaux domaines de collaboration
La réunion a mis en évidence plusieurs domaines prometteurs de collaboration entre KALRO et l'Alliance :
Cartographie des risques liés aux ravageurs et aux maladies, soulignée par M. Robert Opondo (Protection des cultures et analyse des risques liés aux ravageurs, KALRO)
- Modélisation intégrée climat-économie-spatiale, soulignée par M. Reuben Ruttoh (Méthodes de recherche et analyse, KALRO)
- Évaluation de l'impact spatial des technologies agricoles
- Applications de l'IA pour la politique et la recherche
Ces domaines reflètent une ambition commune : passer de cartes statiques à des systèmes dynamiques d'aide à la décision.
Perspectives d'avenir
Cette réunion a marqué le début d’un partenariat plus approfondi autour des analyses spatiales. Les deux équipes ont convenu de poursuivre les discussions techniques et le partage de connaissances, notamment à travers l’échange de méthodologies sur la modélisation de la demande alimentaire, l’analyse des risques liés aux ravageurs et les outils d’aide à la décision fondés sur l’intelligence artificielle, avec l’objectif d’identifier des axes de travail conjoints concrets dans les prochains mois.
Ce qui ressort ne se limite pas au chevauchement des expertises, mais tient surtout à leur complémentarité. Le KALRO apporte une connaissance approfondie du contexte national et une expertise en modélisation au niveau du terrain ; l’Alliance apporte une expérience interdisciplinaire et régionale.
Ensemble, les deux institutions sont bien placées pour répondre à l’une des questions les plus cruciales de l’agriculture : non seulement ce qui fonctionne, mais aussi où l’action est la plus nécessaire.
L'accusé de réception
Ce travail a été réalisé dans le cadre du Programme scientifique du CGIAR sur les innovations politiques. Nous tenons à remercier tous les bailleurs de fonds qui ont soutenu cette recherche par leurs contributions au Fonds fiduciaire du CGIAR
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