Blog Repenser l'optimisation des terres : Équilibrer la nature, l'homme et la productivité

Rethinking Land Optimization: balancing nature, people, and productivity

Avec une population mondiale projetée pour atteindre environ 8,5 millions d’ici 2050, la pression sur les terres s’intensifie. L’augmentation de la demande en nourriture, en énergie et en espace urbain, combinée à des défis mondiaux tels que la sécurité alimentaire, le changement climatique et l’industrialisation, pousse les paysages actuels à leurs limites.

Les paysages doivent donc simultanément produire de la nourriture, conserver la biodiversité, réguler l’eau, stocker le carbone et soutenir les moyens de subsistance, souvent dans un même espace.

La multifonctionnalité des paysages offre une approche stratégique pour répondre à ces pressions qui se chevauchent, en proposant des solutions fondées sur la nature permettant aux êtres humains et aux écosystèmes de coexister harmonieusement. Cela s’explique par le fait que la terre elle-même constitue un intégrateur de ces défis mondiaux, permettant de considérer plusieurs objectifs ensemble plutôt que de manière isolée. Les paysages multifonctionnels, par définition, intègrent la coexistence de multiples fonctions, parfois difficilement comparables, des interactions socio-écologiques dynamiques et des acteurs variés aux priorités différentes. Les compromis constituent donc une caractéristique inévitable des paysages multifonctionnels : l’expansion de l’agriculture peut réduire la qualité des habitats, la protection des forêts peut limiter les gains économiques à court terme, et l’intensification de la production peut compromettre la santé des sols.

Ainsi, la multifonctionnalité des paysages ne doit pas seulement être comprise comme l’existence de multiples fonctions, mais également par la manière dont les compromis sont identifiés, négociés et gérés dans l’espace et dans le temps. L’équilibre entre ces objectifs concurrents et non commensurables ainsi que ces compromis exige une optimisation délibérée de la composition et de la configuration de l’utilisation des terres, ainsi que du lieu, du moment et des modalités des interventions de gestion des terres afin de renforcer la multifonctionnalité en matière de productivité, de biodiversité et de résilience. Ce processus vise à concilier des objectifs contradictoires dans des conditions dynamiques, spatialement interconnectées et hétérogènes, et oriente ensuite les planificateurs territoriaux et les décideurs politiques en mettant en évidence les compromis inévitables tout en soutenant un équilibre entre production, restauration écologique et équité sociale. Ces réalités indiquent que les décisions relatives aux paysages ne peuvent pas être fondées uniquement sur des objectifs présumés de production et de conservation en soi.


Au lieu de cela, nous soutenons que les décisions relatives aux paysages devraient commencer par un diagnostic des réalités socio-écologiques et par une prise en compte explicite des compromis afin d’optimiser les systèmes multifonctionnels au bénéfice à la fois des populations et de la nature. Cet argument repose sur trois considérations.

  • Les objectifs présumés d’optimisation des paysages manquent d’ancrage dans la réalité et risquent d’ignorer les dysfonctionnements du monde réel : cette approche suppose que les résultats souhaités sont déjà connus (par exemple un objectif de couverture forestière, un quota de production ou un mandat de conservation). Cette logique prescriptive donne la priorité aux cibles plutôt qu’aux réalités socio-écologiques, transformant l’optimisation en un exercice d’application d’objectifs plutôt qu’en une exploration de la manière dont les paysages peuvent fonctionner efficacement dans des contraintes réelles.
  • Les compromis sont inhérents et doivent être rendus explicites : les paysages multifonctionnels impliquent par nature un équilibre entre des objectifs concurrents. Les cibles prédéfinies peuvent simplifier excessivement ces compromis, conduisant à des résultats sous-optimaux ou non durables. Identifier et gérer explicitement ces compromis permet aux planificateurs de sélectionner des configurations qui équilibrent plusieurs fonctions, renforçant ainsi la transparence, l’adaptabilité et la résilience dans la prise de décision.
  • L’optimisation des paysages multifonctionnels nécessite des objectifs spécifiques au contexte et fondés sur des données probantes : l’optimisation multi-objectifs n’est efficace que lorsque les objectifs reflètent fidèlement les réalités socio-économiques et écologiques plutôt que des hypothèses imposées. En dérivant les objectifs et les contraintes à partir d’un diagnostic des conditions socio-écologiques, le processus d’optimisation produit des solutions réalisables, pertinentes et applicables dans la pratique.

En résumé, cette approche prescriptive limite l’engagement des parties prenantes, la négociation et l’apprentissage, ce qui affaiblit les principes des paysages multifonctionnels. Elle ignore la pluralité des résultats souhaitables et pousse les parties prenantes vers une configuration supposée optimale au lieu de révéler plusieurs options viables. De plus, des objectifs fixes ne s’adaptent pas aux réalités socio-écologiques dynamiques, ce qui va à l’encontre du principe d’adaptabilité dans le temps.

Alors, comment dépasser l’optimisation des paysages fondée sur des objectifs présumés ? Comment diagnostiquer le paysage afin de définir les objectifs et les contraintes selon lesquels la multifonctionnalité devrait être optimisée ? Cela nécessite un diagnostic approfondi et une compréhension claire des endroits où les interventions sont les plus nécessaires, des compromis existants et des objectifs et contraintes qui devraient guider une optimisation efficace des paysages multifonctionnels. Cela peut se faire par :

  • Identifier les déficits de services écosystémiques : cartographier les zones où les services écosystémiques clés (par exemple la production alimentaire, la régulation de l’eau ou la biodiversité) sont insuffisants par rapport à la demande sociétale ou écologique. Les écarts persistants indiquent les zones où les interventions sont les plus nécessaires, et ce déficit peut être considéré comme une fonction objectif pour laquelle la composition et la configuration du paysage devraient être optimisées.
  • Analyser les compromis et les synergies : comprendre comment les différents usages des terres et options de gestion interagissent. Par exemple, l’intensification de l’agriculture peut réduire la qualité des habitats, tandis que les efforts de conservation peuvent limiter les gains économiques à court terme. Rendre ces compromis explicites permet d’identifier les situations où des compromis ou des solutions équilibrées sont possibles.
  • Suivre les tendances fonctionnelles : examiner les changements dans l’intensité de l’utilisation des terres, les modèles et la configuration spatiale au fil du temps. Cela permet de révéler les déséquilibres entre les pressions de développement et les objectifs environnementaux et de mettre en évidence les zones où les écosystèmes ou le bien-être humain sont sous pression.
  • Impliquer les parties prenantes : recueillir les connaissances locales sur les objectifs, les valeurs et les priorités permet de s’assurer que les interventions reflètent à la fois les besoins sociétaux et les réalités écologiques, rendant ainsi les décisions plus pertinentes et applicables.

En combinant ces approches, le diagnostic produit une image spatialement explicite des dysfonctionnements socio-écologiques, met en évidence les compromis critiques et identifie les priorités pouvant guider des interventions fondées sur des données probantes et adaptées au contexte. Cette base garantit que les décisions ultérieures ainsi que les objectifs et contraintes d’optimisation reposent sur des réalités observables plutôt que sur des objectifs supposés.

Rethinking Land Optimization -  balancing nature, people, and productivity - Image 1

Figure 1 | Étapes de l’optimisation des paysages multifonctionnels (MFLs) – du diagnostic aux solutions guidées par les parties prenantes.

Pourquoi cela est-il important ?

Un passage d’objectifs présumés d’optimisation des paysages vers un diagnostic et une définition explicite des objectifs et des contraintes fondées sur les compromis selon lesquels nous optimisons renforce la transparence, l’adaptabilité et la légitimité. Cela s’explique par le fait que les paysages sont dynamiques : la variabilité climatique, les évolutions des marchés, les changements démographiques et les transformations des politiques modifient continuellement les pressions et les opportunités. Un cadre fondé sur des données probantes et conscient des compromis permet des décisions qui sont non seulement efficaces à court terme, mais également résilientes à long terme. De plus, trouver un équilibre entre la nature, les populations et la productivité ne consiste pas à prescrire et/ou imposer des objectifs de production et de conservation. Il s’agit plutôt de révéler systématiquement les conséquences des différents choix et de permettre des décisions éclairées et adaptées au contexte. La figure 1 montre comment l’optimisation des paysages multifonctionnels va au-delà des cibles présumées. Cette vision intégrée montre comment le diagnostic des dysfonctionnements réels, la prise en compte explicite des compromis et l’implication collaborative des parties prenantes peuvent produire des solutions diverses et spécifiques au contexte qui équilibrent la productivité, l’intégrité écologique et les bénéfices sociétaux.