Research Articles Première expédition de café hondurien conforme aux futures règles européennes contre la déforestation grâce à un logiciel de traçabilité open source
L’Europe importe plus de 50 % du café exporté par le Honduras. Cependant, les futures réglementations de l’Union européenne visant à garantir des chaînes d’approvisionnement exemptes de déforestation représentent un défi majeur pour de nombreux petit.e.s producteur.rice.s. Une nouvelle plateforme de traçabilité aide déjà des centaines de producteur.rice.s à éviter d’être exclu.e.s de ce marché essentiel.
Faits marquants :
- Selon les expert.e.s, 85 % des producteur.rice.s de café du Honduras risquent de perdre l’accès au marché européen en raison du manque d’outils permettant de démontrer que leur café est exempt de déforestation.
- Une plateforme numérique, testée et adaptée aux caféiculteur.rice.s hondurien.ne.s, dont la grande majorité sont de petit.e.s producteur.rice.s, a permis à des centaines d’entre eux et elles de se conformer aux nouvelles exigences réglementaires et d’exporter 20,7 tonnes de café vers l’Europe en mai.
- Les chercheur.e.s de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT, ainsi qu’une dizaine d’organisations partenaires au Honduras et à l’international, élargissent actuellement leur collaboration à l’origine de cette plateforme numérique open source afin d’aider davantage de producteur.rice.s à se conformer au Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR) avant son entrée en vigueur en juin 2026.
- Le logiciel open source utilisé est accessible aux agriculteur.rice.s à un coût très faible, voire nul, leurs marges bénéficiaires souvent limitées ne leur permettant pas d’investir individuellement dans les mécanismes de conformité requis.
Dans une avancée majeure pour l’industrie caféière hondurienne, une coalition d’acteur.rice.s a expédié l’un des premiers conteneurs de café du pays conforme aux exigences du futur Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (EUDR). Cette initiative démontre qu’il est possible de mettre en place des chaînes d’approvisionnement inclusives et transparentes, et que celles-ci sont déjà en cours de construction, selon les membres de la coalition. Le modèle développé au Honduras pourrait servir d’exemple à d’autres pays souhaitant se conformer à l’EUDR.
Un accord multipartite visant à utiliser une infrastructure numérique partagée pour répondre aux futures exigences de l’EUDR a permis de tracer le café produit par plusieurs centaines de petit.e.s producteur.rice.s tout au long des différentes étapes de la chaîne d’approvisionnement, malgré les multiples changements de propriétaire avant l’exportation.
La plateforme de traçabilité a été conçue pour les agriculteur.rice.s cultivant du café arabica « conventionnel », qui représente environ 85 % de la production du Honduras et qui opèrent généralement en dehors des chaînes d’approvisionnement certifiées et cartographiées de manière plus systématique.
Sans un tel système, nombre de ces producteur.rice.s risqueraient d’être exclu.e.s du marché européen, qui absorbe plus de 50 % des exportations de café du Honduras. L’initiative a été mise en œuvre dans l’un des contextes les plus complexes du pays, caractérisé par des chaînes d’approvisionnement dominées par les ventes à la sortie des exploitations et impliquant de nombreux intermédiaires privés disposant de niveaux variables de capacités numériques.
L’expédition comprenait près de 457 quintaux (20,7 tonnes) de café arabica produit dans les départements du nord-ouest de Lempira et de Santa Bárbara. Cette expédition intervient avant l’échéance de juin 2026 fixée par l’EUDR pour les petit.e.s et moyen.ne.s exportateur.rice.s de produits associés à la déforestation.
Les scientifiques de l’Alliance de Bioversity International et du CIAT ont facilité l’accord entre les parties prenantes pour développer la plateforme. L’Alliance a contribué à la conception et à l’adaptation d’un composant open source et en accès libre, TraceFoodChain, développé par Permarobotics, illustrant ainsi l’approche collaborative internationale mise en œuvre pour soutenir la conformité à l’EUDR au Honduras.
« En tant qu’Européens, mon équipe et moi sommes très fier.e.s d’avoir pu contribuer à résoudre les difficultés que notre législation EUDR a créées pour les producteur.rice.s de café hondurien.ne.s », a déclaré le Dr Christian Hennig, directeur général de Permarobotics. « Les réglementations visant à garantir des chaînes d’approvisionnement exemptes de déforestation sont absolument nécessaires, mais nous, en tant que consommateur.rice.s européen.ne.s, devons également faire partie de la solution, en particulier lorsque des règles favorables au climat créent des contraintes au sein des chaînes d’approvisionnement. »
L’outil a été utilisé conjointement avec une plateforme de traçabilité appelée OSapiens, utilisée par l’exportateur hondurien de café BECAMO. L’interopérabilité entre les différents outils a constitué un élément essentiel du projet. Le code de TraceFoodChain a été donné à l’initiative AgStack de la Linux Foundation. Le Registre des Actifs (Asset Registry) de la Linux Foundation, un autre composant de la plateforme partagée, a permis de préserver la confidentialité des données des agriculteur.rice.s tout en facilitant la gestion et le partage des données spatiales.
« Cartographier 12,5 millions d’exploitations caféières dans le monde constitue l’un des principaux défis et facteurs de coût liés à la conformité avec l’EUDR », a déclaré Carolin Ehrensperger, responsable de la durabilité du groupe Neumann Kaffee Gruppe. « Ce projet pilote au Honduras est une preuve de concept démontrant que les logiciels open source peuvent réduire considérablement les coûts, tout en garantissant la qualité des données, la protection de la vie privée et la propriété des données par les producteur.rice.s. Nous souhaitons étendre cette approche au Honduras ainsi qu’à d’autres pays producteurs afin d’atteindre notre objectif : permettre aux petit.e.s producteur.rice.s de conserver un accès durable aux marchés européens. »
« Cette approche collaborative nous a permis de résoudre deux obstacles majeurs qui augmentent le risque d’exclusion des petit.e.s producteur.rice.s du marché de l’Union européenne : d’une part, l’interopérabilité, afin que les données spatiales et les données des exploitations puissent circuler tout au long de la chaîne d’approvisionnement pour démontrer la conformité à l’EUDR ; d’autre part, la garantie de l’autonomie des agriculteur.rice.s et de la protection de leurs données personnelles », a déclaré Brian King, responsable principal de l’intégration technologique à l’Alliance de Bioversity International et du CIAT.
Des partenaires participent à une cérémonie organisée le 27 mai chez le producteur de café hondurien BECAMO afin de sceller un conteneur de café exempt de déforestation à destination de l’Union européenne. Crédit photo : Alliance de Bioversity International et du CIAT.
Brian King a contribué à mettre en place l’engagement initial du groupe en faveur du développement d’une infrastructure partagée et a facilité les séances de prototypage ainsi que les ateliers de conception collaborative. Cette démarche a conduit à la création d’un « ensemble de solutions » partagé, composé de plusieurs outils numériques open source utilisés conjointement pour rendre possible cette expédition.
L’appui de l’Alliance a combiné le travail de terrain, la collaboration technique et le test pilote de la plateforme numérique afin d’orienter la collecte de données sur les récoltes des producteur.rice.s participant.e.s. Les essais réalisés sur le terrain ont permis d’apporter des améliorations adaptées aux réalités des producteur.rice.s hondurien.ne.s.
Les exportateur.rice.s hondurien.ne.s de café BECAMO (Beneficio de Café Montecristo), Beneficio Río Frío et Beneficio Rosales ont dirigé l’exportation du café en collaboration avec Confianza SA-FGR, organisme de garantie de prêts pour les petites entreprises, GrainChain, qui fournit des services de traçabilité et des services financiers aux petit.e.s producteur.rice.s, ainsi que l’Institut Hondurien du Café (IHCAFE).
« Pour nous, chez BECAMO, l’avenir du café hondurien repose sur notre capacité à ouvrir les marchés internationaux à nos producteur.rice.s tout en maintenant des normes élevées en matière de durabilité », a déclaré Ramon Medina, directeur général de BECAMO. « S’aligner sur les exigences de l’EUDR ne consiste pas simplement à satisfaire une obligation réglementaire. Il s’agit d’assumer pleinement notre responsabilité de protéger la nature et de soutenir les communautés qui cultivent le café depuis des générations. Cette réussite démontre qu’il est non seulement possible de mettre en place des chaînes d’approvisionnement transparentes et inclusives, mais que cela est indispensable pour l’avenir d’un commerce du café responsable. »
« C’est un moment de fierté pour le Honduras. Nous avons démontré que la conformité à l’EUDR est réalisable grâce à la collaboration, à la technologie et à un engagement commun en faveur de la durabilité, depuis les producteur.rice.s jusqu’aux exportateur.rice.s », a déclaré José Manuel Calero Moraga, responsable de l’Unité des services durables aux producteur.rice.s chez BECAMO. « Nous espérons que cette réalisation renforcera le secteur caféier hondurien et servira d’exemple à d’autres pays souhaitant suivre la même voie. »
« Cette étape importante montre comment les producteur.rice.s, les transformateur.rice.s, les exportateur.rice.s, les chercheur.e.s et les entreprises technologiques de pointe peuvent relever le défi posé par les marchés mondiaux, qui exigent des mesures de durabilité toujours plus rigoureuses dans les chaînes d’approvisionnement agricoles », a déclaré Federico Ceballos, chercheur postdoctoral à l’Alliance de Bioversity International et du CIAT.
Federico Ceballos-Sierra
Postdoctoral FellowConstruit au Honduras, pour le Honduras
Au cœur de cette réussite se trouve une alliance nationale d’organisations engagées dans la protection des forêts, le renforcement de la transparence et le maintien des petit.e.s producteur.rice.s au centre du commerce international, grâce à la collecte de données sur le terrain soutenue par des responsables communautaires locaux.
« Nous avons travaillé main dans la main avec les agriculteur.rice.s pour collecter des données de géolocalisation et de production, et la plateforme nous a permis d’enregistrer chaque étape, depuis la réception des cerises de café jusqu’à l’exportation », a déclaré José Dario Enamorado Leiva, responsable des technologies de l’information et des opérations chez Beneficio Río Frío, l’une des entreprises ayant participé à la consolidation du café. « L’infrastructure est facile à utiliser, s’adapte à nos méthodes de travail sur le terrain et contribue à garantir que les petit.e.s producteur.rice.s puissent répondre aux exigences du marché en toute confiance. »
Source ouverte, impact local
Les producteur.rice.s de café hondurien.ne.s sont habitué.e.s à faire face aux chocs. L’ouragan Mitch a dévasté l’agriculture hondurienne en 1998. Le coup d’État de 2009 a perturbé les chaînes d’approvisionnement nationales du café. Aujourd’hui, les producteur.rice.s sont confronté.e.s à une baisse de la production due à la rouille du caféier et aux pénuries de main-d’œuvre. Malgré cela, le Honduras demeure l’un des principaux producteurs mondiaux de café, notamment grâce à une filière bien organisée qui valorise au maximum son café arabica, une variété plus recherchée sur les marchés et la seule produite dans le pays.
La conformité à l’EUDR représente un nouveau défi que l’industrie caféière hondurienne entend relever. Ce faisant, elle pourrait renforcer sa résilience pour l’avenir.
« À long terme, l’alignement sur les normes de production exemptes de déforestation pourrait ouvrir des perspectives en matière de reconnaissance, de primes liées à la traçabilité et de relations commerciales plus résilientes », a déclaré William Ricardo Igeler, associé principal de recherche à l’Alliance de Bioversity International et du CIAT basé au Honduras.
L’infrastructure mise en place jette les bases d’une nouvelle gamme de services fondés sur les données, notamment des garanties de crédit, un meilleur accès aux services météorologiques et aux conseils agricoles, ainsi qu’une meilleure préparation globale à une production de café durable.
Les chercheur.e.s de l’Alliance et leurs partenaires travaillent déjà avec d’autres régions productrices de café au Honduras qui devront intégrer les exigences de conformité à l’EUDR afin de conserver leur accès au marché européen.
« Nous élargissons progressivement l’adoption des infrastructures publiques numériques pour le secteur du café au Honduras », a déclaré William Ricardo Igeler. « À mesure que davantage d’acteur.rice.s s’impliqueront, des outils comme celui-ci deviendront plus connus et plus largement adoptés. »
Les partenaires du projet souhaitent remercier le Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) ainsi que l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ) pour leur soutien. Ce travail a été réalisé dans le cadre du Programme scientifique du CGIAR sur les innovations en matière de politiques publiques.
Les partenaires du projet remercient également l’ensemble des bailleurs de fonds ayant soutenu cette recherche par leurs contributions au Fonds fiduciaire du CGIAR (www.cgiar.org/funders).